Un accouplement hasardeux
Lineup 1 : Nicolas Meyer - Frédéric Meyer - Olivia Falcone - Cédric Delamadelaine
 
Mais oui, il faut l'admettre: la genèse de Half a Cup of Superkings repose sur une grande dispute entre les frères Meyer. Un soir de l'été 2002, Nicolas claque la porte à Momma Would Like It, dont il était le batteur jusque-là. Bon. Il reviendra pour retrouver la complicité fraternelle quelques mois après, cette fois armé d'une guitare et de ses cinq premières compositions: « Songs On The Radio », « E In The End », « I Fell Asleep During Your Play », « Sunday Balla » et « Is It All mine ? » !

Le problème, c'est que le siège de batteur de Momma Would Like It était confortablement occupé par Julien Rousson, depuis la crise. Et quand on a la chance d'avoir un Julien Rousson dans son groupe, c'est clair, on le garde. De plus, la mégalomanie de Frédéric n'a pas suffi pour imaginer un groupe à deux batteries ! Il fallait trouver une autre solution pour faire connaître au monde le potentiel de ce nouveau songwriter de la scène neuchâteloise...

Et du monde il y en avait, pour venir écouter Momma Would Like It au Bar King à Neuchâtel, le 26 avril 2003. C'est normal: l'entrée payante de 95 centimes suisses (pour éviter la taxe-spectacle) encouragea de nombreux amis à se déplacer. Et qui voit-on en première partie ce soir là pour la première fois ? Half A Cup Of Superkings !

Nicolas s'était entouré de son frère à la guitare, Olivia Falcone à la flûte et Cédric Delamadelaine au piano pour dévoiler ses petites chansons. Half A Cup Of Superkings était alors vieux de quatre répétitions...

Présents dans la salle: Jacques Hanselmann et Raphaël Weber, qui ne se doutaient pas devoir rejoindre un jour ce groupe, dont ils ne parvenaient même pas encore à prononcer le nom correctement. Alfa quoi ? Alfa Fuck ?

Justement, d'où vient-il, ce nom totalement anti-commercial ? Nicolas explique: « Nous étions parti en Ecosse, Benjamin (Itzcovich, complice et ami de longue date, ancien bassiste de Momma Would Like It, actuel guitariste de Outsyde Inn), mon frère et moi. De retour en Suisse, nous n'avions emporté comme souvenir qu'une pile géante de disques et l'équivalent d'une demi-tasse de Superkings, des clopes anglaises achetées au duty free de l'aéroport et fumées durant toute la traversée du pays. C'est un hommage à ce magnifique voyage, en somme. Le groupe aurait tout aussi bien pu se nommer « A Castle Full Of Kilts », si nous avions été des touristes un peu plus sérieux ! »

Des clopes anglaises en hommage aux Highlands, donc. Les Ecossais apprécieront...
L'improbable naissance d'un groupe
Lineup 2 : Nicolas Meyer - Frédéric Meyer - Olivia Falcone - Julien Rousson - Philippe De Weck - Jacques Hanselmann
 
Mais le lendemain du concert, l'idée d'un vrai groupe n'existe pas encore. C'était l'histoire d'un soir, sans aucune intention de prolonger le projet. Il faudra attendre le mois de juin, quand un concert prévu pour Momma Would LIke It a frôlé l'annulation par manque de personnel disponible. Sauf que Frédéric et Julien étaient déterminés à jouer ce jour-là, d'une façon ou d'une autre, au pire en faisant des boeufs ou les boeufs.

Dieu soit loué. Dans l'urgence, une idée plus subtile leur traversa l'esprit. Ils allaient demander à Nicolas de les rejoindre avec ses chansons et de s'entourer d'autres musiciens disponibles pour ce concert.

Le premier sera vite trouvé, car il partage le même local de répétition: Philippe De Weck, musicien autodidacte accompli, maître du rock garage de 1964 à 1967, fils spirituel de Syd Barrett et de Kaleidoscope réunis ! Il fonctionne alors comme leader de The Bubblegum Explosion et accepte rapidement de rejoindre la troupe de pop-folk à la basse.

On recrute encore autre musicien, à peine plus loin, à Villars-sur-Glâne (FR), où Frédéric rencontre Jacques Hanselmann dans une cuisine d'un bunker, sous les drapeaux. Las de lui demander des clopes toute la journée, il finira par lui demander de rejoindre le groupe aux claviers (on retrouvera également Jacques dans Momma Would Like It, quelques mois plus tard). Bien sûr, Olivia et sa flûte traînaient encore dans les parages...

Le 21 juin, le groupe était né. Tchok, comme ça, l'air de rien. Le répertoire était alors composé des chansons de Nicolas, et des reprises de Momma Would Like It réadaptées. Julien et Nicolas se partageaient batterie et guitare, et Jacques s'improvise accordéoniste pour ouvrir le concert manqué de Momma Would Like It !
La première mue
Lineup 3 : Nicolas Meyer - Frédéric Meyer - Jacques Hanselmann - Philippe De Weck
 
Plus tard dans l'année 2003, Julien quittera le groupe, estimant que le projet ressemble de trop près à Momma Would Like It. Nicolas retrouve ainsi définitivement la batterie, derrière laquelle il chante désormais ses chansons. Quelle audace !

C'est en octobre de la même année que Half A Cup Of Superkings compose et enregistre la bande originale de « Goldy », un court-métrage réalisé par Maëlle Grand-Bossi et Nicolas. "Sight Turns Blind", le thème du film, devient ainsi le premier titre signé « Meyer-Meyer ». Et pour l'occasion, les deux frangins n'hésitent pas à se limiter à la composition et laisser le soin de l'interprétation à leurs précieux amis musiciens. Cédric Delamadelaine revient pour caresser l'ivoire et l'ébène, entouré de Julien à la batterie, Jacques à l'orgue, Philippe à la basse et Olivia à la flûte. Pour couronner le tout, ils invitent deux membres fondateurs de Momma Would Like It (et Elandir): Vanessa Loerkens pour le chant et les violons, et Christophe Paul pour la guitare électrique. Ce projet permettra à Julien et Frédéric d'approfondir leurs connaissances dans l'enregistrement, le mixage et la production d'un disque.

En 2004, Half A Cup Of Superkings enregistre son premier E.P. « The Cinnamon Star » dans son local de répétition à Serrières, dans le complexe de l'ancienne usine Suchard, sous les poulies où jadis fut emballé le fameux Suchard Express ! Bien évidemment, tout est fait maison: de l'enregistrement au collage de la pochette.

La même année, Philippe décide de quitter le groupe pour se concentrer sur son nouveau projet: The Green Hornets, où l'on retrouve aussi Julien et Benjamin. Certes, il y a eu quelques différents provoquant son départ. Frédéric raconte: « Pour la légende, il faudra retenir que nous nous sommes battus toute une nuit à cause d'une fille, nommons-la Pamela, en se fracassant des guitares sur la tête, pour nous retrouver ensemble dans une maison close au petit matin. En vrai, je me souviens juste qu'il me reprochait, à juste titre, une attitude de moniteur de ski et que le lendemain de sa décision, nous nous retrouvions chez moi pour écouter des disques. Mais cette version est moins rock'n'roll... »

Philippe jouera encore pour le concert du Copyright Festival, le 27 août 2004.

Dans l'idée de remplacer Philippe, Julien refait une brève apparition au sein de Half A Cup Of Superkings à la basse, instrument qu'il désirait travailler durant cette période. Mais il ne trouvera ni le temps, ni l'engouement de poursuivre une nouvelle carrière de bassiste.
Une belle crise d'identité
Lineup 4 : Nicolas Meyer - Frédéric Meyer - Jacques Hanselmann - Olivia Falcone - Raphaël Weber
 
Voilà donc le groupe réduit à quatre membres, « deux bras et deux jambes, cela doit suffire pour donner du corps à notre musique », pensaient-ils. Heureux, Half A Cup Of Superkings était décidé à poursuivre son aventure ainsi. Jacques développait des lignes de basses au clavier en se souvenant que les Doors fonctionnaient de la même façon.

Mais c'était sans compter sur la rencontre entre Frédéric et Raphaël Weber (alias Rafenbacker), l'excellent et célèbre chanteur-guitariste de The Rambling Wheels. Frédéric s'en souvient: « Les deux formations se connaissaient depuis un moment déjà. Certains membres un peu trop, d'autres pas assez. Je me rappelle avoir rencontré Raphaël pendant une période difficile, j'avais le moral dans les chaussettes. Et j'avais beau écouter mon voisin Dimitri qui me conseillait de les remonter, ça ne suffisait pas. Je me suis alors tourné auprès de Raphaël, on a bavardé, on s'est entendu, on a échangé quelques disques et accords et un duo folk est né. Back to the roots, voilà exactement ce qu'il me fallait pour retrouver mes repères ! On répétait chez moi, avec nos guitares acoustiques, et c'est de ces sessions qu'est né « Two Weeks In Italia ». Parallèlement, Momma Would Like It cherchait un bassiste pour remplacer Benjamin. J'avais placé une petite annonce dans Rock & Folk, elle y est restée pendant des mois. Raphaël est tombé dessus un jour et s'est montré intéressé. Mais la place était prise depuis un moment alors je lui ai fait remarquer qu'un poste de bassiste restait vacant dans Half A Cup Of Superkings... »

Deux jours après, Raphaël passe le pas de porte du local de répétition avec sa Danelectro Longhorn sur le dos. Half A Cup Of Superkings ne retrouvait non seulement un son de basse, mais gagnait un nouvel état d'esprit.
Les derniers ajustements
Lineup 5 : Nicolas Meyer - Frédéric Meyer - Jacques Hanselmann - Olivia Falcone - Raphaël Weber - Cédric Liardet
 
En octobre 2005, pour son concert à la Case-à-Chocs de Neuchâtel, le groupe s'offre son premier ingénieur du son. Il ne s'agit de personne d'autre que Cédric Liardet, qui officie derrière les tables de mixages depuis 2002 pour The Rambling Wheels, dont il est le cinquième membre de l'ombre et connu sous le nom de Mister i.

Parallèlement, le groupe Momma Would Like It se dissout et Frédéric abandonne définitivement ce projet. Avec Jacques, ils choisissent de se consacrer entièrement à Half A Cup Of Superkings.

En juillet 2006, Olivia décide de prendre de la distance part rapport au groupe: « Il me fallait des moments pour me ressourcer par l'évasion et le voyage. Ce qui totalement impossible lorsque tu fais partie d'un groupe de musique où il s'agit de se mettre à disposition pour des répétitions hebdomadaires. De plus, j'en avais assez d'intervenir sur une chanson sur trois, dans un local sans toilettes, non chauffé mais qui pue quand-même le mazout, entourée de garçons forts sympathiques, mais qui restent aussi bien ancrés dans leur bulle ! »

Une bulle aux parois épaisses, car il aura fallu attendre le départ d'Olivia pour faire remarquer au groupe les multiples talents de Cédric, toujours assis derrière sa table de mixage. En effet, il sera appelé à remplacer la flûte par son accordéon et quelques claviers analogiques au souffle douteux...

Deux mois plus tard, l'humilité, l'ouverture et le professionnalisme de Cédric encouragera Olivia à revenir sur sa décision et retrouver sa flûte entre la bouteille de Coca light de Jacques et le paquet de Benson & Hedges de Nicolas... Comment ? Et même pas des Superkings ?
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